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> UER Tourisme > Colloques > Colloque 2009 - Tourisme... > Résumés des communications
 
Journées de la Commission de Géographie du tourisme et des loisirs
Comité National Français de Géographie
15-17 juin 2009


Résumés des communications

Session « Touristicité/urbanité: un lien à penser »


V. Coëffé : Le tourisme, fabrique d’urbanité : vers une autre « géographie urbaine » ?
Alors que les discours les mieux installés parlent du tourisme comme une « fuite de la ville », les plus grandes d’entre elles ont connu ces dernières années une progression de leur fréquentation par les touristes.

C’est vrai aussi que le tourisme est fondamentalement urbain : inventé par des citadins, il en porte les valeurs, en incarne les pratiques.

Pourtant, l’hypothèse de l’urbanité (les propriétés qui font qu’une ville est une ville, et que l’on peut retrouver dans d’autres géotypes) des lieux touristiques reste encore à creuser, à tel point que les chercheurs travaillant sur l’urbain l’ont jusqu’à présent propulsé dans l’angle mort de leur réflexion.

Ce statut accordé aux lieux touristiques ne relève sans doute pas seulement de la faible attention portée au tourisme en général par les chercheurs. L’urbain reste encore souvent confondu avec la ville, objet européocentré dont l’existence est tirée de sa forme matérielle, celle prise par la cité et sa compacité en rupture nette avec la « campagne ».

Les problématiques dégagées seront donc les suivantes :
Le tourisme produirait-il des lieux dont l’urbanité ne se situerait pas d’abord ou pas seulement dans leur matérialité, et que les chercheurs n’auraient donc pas « vus » ?
L’urbanité serait-elle arrimée à la qualité urbaine des lieux touristiques qui ne peut se lire uniquement dans la monumentalité des objets qui les composent ?

Quel sens donner à la diversité des lieux touristiques ? Ne peut-on pas les ordonner selon des gradients d’urbanité ? Révèlent-ils une valorisation différenciée de l’urbanité par les touristes ? Dans cette typologie, les vides parfois exaltés ne seraient-ils pas la forme ultime de l’urbanité touristique en créant une centralité improbable, et en inversant la distribution ordinaire de l’urbain ? Les lieux touristiques ne nous obligent-ils pas alors à varier les instruments de mesure urbaine, « l’urbanité absolue » (la masse des éléments coprésents) devant être pondérée par « l’urbanité relative » (le différentiel d’urbanité entre plusieurs espaces) ?

Comment expliquer dans le même temps le succès actuel des lieux les plus denses et les plus divers dans leurs composants, lorsque les métropoles parviennent à produire de « grands événements » qui concentrent les foules mondialisées du tourisme et des loisirs ?


M. Gérardot : Le tourisme, outil pour repenser la métropole ?
Quelles implications la prise en compte du tourisme a-t-elle pour les théories et modèles en géographie ?

Mots clés: tourisme, métropole, Paris, géographie urbaine.

Les travaux et recherches sur la métropole ne prennent, sauf quelques rares exceptions, jamais en compte le tourisme. Or, le tourisme est d’une part une activité économique essentielle pour les métropoles, et d’autre part un ensemble de pratiques qui s’inscrivent dans les lieux métropolitains et participent à leur métropolisation. En effet, ne peut-on pas faire l’hypothèse que le tourisme est à la fois un témoin et un agent de la métropolisation ? Comment prendre en compte le tourisme dans la définition de la métropole ? Quelles seraient les conséquences de cette prise en compte pour le concept de métropole en géographie ?

Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de revenir sur le concept de métropole et son utilisation en géographie, pour montrer comment la définition a évolué, sans toutefois aller jusqu’à prendre en compte le tourisme. En faisant l’hypothèse que le tourisme doit être pris en compte dans la définition et l’étude de la métropole et de la métropolisation, il est possible de réfléchir à la construction d’un indicateur de métropolité, pour reprendre le terme de Michel Bassand,qui prenne en compte la dimension économique du tourisme dans la métropole mais aussi sa dimension spatiale. Il faut également s’interroger sur les liens de causalité et de réciprocité entre tourisme, métropole, métropolisation et métropolité.

Pour exprimer ces liens de causalité et de réciprocité entre tourisme et métropole, nous proposons l’emploi de deux expressions complémentaires : la touristicité métropolitaine et la métropolité touristique. Que signifient ces expressions ?

- la touristicité métropolitaine, c’est la touristicité propre aux métropoles, ce qui est spécifique aux métropoles en termes d’attractivité touristique (concentration patrimoniale, culturelle exceptionnelles, centralité, diversité). ;

- la métropolité touristique, c’est la part de métropolité expliquée par le tourisme, c’est la reconnaissance de l’importance du tourisme dans la définition et l’étude de la métropole.

Qu’apportent ces expressions à la géographie du tourisme et à la géographie urbaine ? Pourraient-elles constituer un outil efficient pour marier ces deux branches de la géographie qui fonctionnent le plus souvent en autarcie


Session « Théorie de l'image et tourisme »


Ph. Viallon & D. Gaham : Territoire, culture et représentation : une approche communicationnelle des guides touristiques sur la Suisse
Depuis le numéro 10 de la revue Communications (1967) consacré au tourisme, on connaît l’importance de l’analyse des guides touristiques pour la compréhension du phénomène du tourisme. Cette intervention souhaite dans une première partie, plus théorique, s’interroger sur la place que prend le guide dans la communication touristique telle qu’elle a été définie par Luger (2004 a,b) et Viallon (2006, 2008). Le guide se situe dans une relation entre le territoire et le touriste potentiel : s’il est ce miroir dont parle Poncet (2000), est-il fidèle ou déformant ? Vis à vis du touriste qui l’a acheté, se fait-il pratique, à l’écoute de ses désirs et besoins (Urbain 1991), ou bien est-il prescripteur (Boyer 1986), donneur du bon ton ? Comment peut-il gérer ce paradoxe de parler à tous de la même manière, dans le cas très fréquent des traductions ? Quelle est la relation des guides avec les professionnels du tourisme, autres émetteurs de messages touristiques ?

A ce niveau, le cas de la Suisse est particulièrement intéressant, car, si le phénomène touristique est par nature interculturel (dans différentes acceptations du concept de culture), le pays a déjà une interculturalité interne entre ses trois zones linguistiques. De plus, les pays riverains (Allemagne-Autriche, France, Italie), qui fournissent les plus gros contingents de touristes en Suisse (Suisse Tourisme 2007), rajoutent une dimension internationale à cet échange. Quel problème pose l’absence d’un guide national édité par les Suisses ? N’y-a-t-il pas le risque d’une perte d’identité de ne pouvoir pas dire qui on est et comment on se représente ? Est-ce que les lunettes roses qu’évoque Lerivray (1975) sont celles de la culture et/ou du mythe touristique (Barthes 1970) ? Est-ce que la culture de l’émetteur du guide est plus déterminante que celle du destinataire-lecteur ou pour dire les choses autrement, le guide n’en dit-il pas autant sur son auteur que sur la réalité qu’il est censé décrire ?

En réponse à ces interrogations, dans une deuxième partie plus pratique, cette contribution analysera onze guides sur la Suisse en italien, allemand, français et anglais, notamment par rapport à trois hypothèses : la première pose que chaque guide a tendance à favoriser sa zone de langue-culture aussi bien au niveau quantitatif que qualitatif. La deuxième affirme que la culture du groupe-émetteur transparaît dans les guides. La troisième soutient que, quelle que soit la culture, des stéréotypes (Amossy-Hirschberg-Pierrot 1997) et clichés sont présents. Cela permet de mettre en avant des caractéristiques essentielles du média traditionnel « guide » sous forme papier en s’interrogeant sur l’éventuel prolongement de ses caractéristiques dans ses formes les plus récentes : Internet, I-Phone, Audioguide piéton ou voiture,…


E. Pedreira Barreiros : Image et identité: La construction de l´identité touristique d’une destination (exemples comparatifs: Paris, la « Ville Lumière » / Rio de Janeiro, la « Ville Merveilleuse »)
Dans cette étude nous partons de l’idée que « l’image touristique » est le principe du base de la géographie du tourisme (Miossec, J.-M., 1977 apud Lozato, 2008). Le paysage représente sans doute la partie la plus visible et aussi la plus significative du territoire. Pour le tourisme les images ou les images touristiques symbolisent les paysages.

La géographie est toujours plus ou moins représentée à travers les illustrations publicitaires souvent iconiques des destinations touristiques. Et le tourisme aujourd’hui nous offre des images variables selon les paysages ou les hommes (Lozato, 2008). La publicité touristique véhicule un certain nombre d’images qui nous montrent des paysages et où l’on retrouve, parfois, le cliché visuel et le mythe culturel, comme l’idée de Paris, la “Ville Lumière” et Rio de Janeiro, la “Ville Merveilleuse”. Les paysages jouent, donc, un rôle majeur comme site décor à vocation touristique.

Selon Lozato (2008), il y a déjà longtemps que les Anglais considèrent le paysage comme la conjonction de la nature et de la société, et plus récemment, il est devenu partie intégrante des biens culturels italiens.

Nous partons de l’hypothèse qu’une image touristique doit représenter non seulement les paysages naturels, mais aussi les sociétés et leurs identités culturelles pour être plus attractives et pour correspondre aux besoins actuels des touristes qui cherchent des destinations diverses et authentiques (Carvalho, 2004 et OMT, 2004).

La question qui se pose dans cette investigation est de savoir comment se construit l’image touristique de grandes métropoles mondiales, comme Paris et Rio de Janeiro. Simultanément, nous voulons savoir quel est le rôle des identités culturelles pour la formation des images touristiques.

Le choix s’est porté sur ces deux villes : Paris et Rio parce-que ce sont des villes très différentes, qui représentent les identités de deux pays auxquels elles appartiennent et car ce sont les villes les plus importantes pour le tourisme français et brésilien.

Selon Miossec (1977), il y trois types d’images touristiques : l’image globale, l’image culturelle et la « nouvelle » image. Le dernier type, la « nouvelle » image est la plus « industrielle » et c’est l’image la plus importante pour les ventes.

Cependant, selon l'opinion de divers sociologues et anthropologues experts en tourisme (Lanfant, 2004 et Santana Talavera, 1997 et 2003) l'image touristique est le « résultat » de l'appropriation de l'identité culturelle par le marketing. Appréhender cette relation nous semble indispensable pour comprendre le processus touristique de planification et de construction de l'image-identité utilisée par le marketing pour commercialiser un pays, une région ou une ville. Nous voulons établir les liens entre l´identité culturelle et les images touristiques, pour identifier s’il existe un rapport entre les images touristiques et les identités culturelles et découvrir quel est ce rapport.

En réalisant cette étude critique des images touristiques de Paris et Rio de Janeiro nous souhaitons proposer la construction des « nouvelles » images en nous appuyant sur la base des images que représentent la nature et la culture simultanément et qui symbolisent les identités culturelles locales. Nous désirons appeler ces images : « identités touristiques ». L’objectif initial étant de comprendre comment le potentiel de ces images est utilisé pour la promotion et la commercialisation, par les entreprises de tourisme.

Nous voulons travailler pour la formation des images touristiques sur la base des identités culturelles locales, donc, des identités touristiques. Par conséquent, de telles images-identités doivent correspondre, principalement, aux besoins de la population locale, ensuite aux objectifs économiques des entreprises de tourisme et aux stratégies de politique publique pour le développement du tourisme et de la ville. De cette façon, les images prennent une dimension en même temps sociale, économique et politique.


Session « Corporéité des pratiques touristiques »


A. Chapuis : La métaphore de la performance : cadre de pensée pour l’appréhension des pratiques touristiques en géographie ?
La métaphore artistique de la performance est loin d’être la seule manière d’appréhender les pratiques individuelles, mais elle a pris une ampleur assez importante en sciences sociales pour que certains auteurs parlent désormais de « performative turn » (voir, en anthropologie par exemple Conquergood, 1989) ou que des volumes spéciaux de revues scientifiques internationales lui soient consacrés (voir, en géographie, Thrift & Dewsbury, 2000). Ma communication propose un point théorique sur cette métaphore, en interrogeant les courants de pensée qu’elle a engendrés, en géographie et plus spécifiquement dans les recherches portant sur les phénomènes touristiques (voir par exemple Coleman & Crang, 2002 ; Baerenholdt, Haldrup, Larsen & Urry, 2004).

A l’origine, le terme performance est employé de manière métaphorique dans le sens de la citation de Shakespeare « All the world’s a stage » (dans As you like it, 1623). Si le monde est une scène de théâtre, les actions humaines sont des rôles joués par les individus, d’où le mot performance, en langue anglaise, emprunté aux études artistiques (Schechner, 2002). Il s’agit ici de questionner cette utilisation, devenue commune, de l’analogie comme outil conceptuel.

La géographie s’est progressivement emparée de la métaphore de la performance (Thrift, 2000), en tant qu’objet (Nash, 2000), en tant que simple analogie (Crang, 1994), ou en tant qu’outil conceptuel (Longhurst, 2000). Quels sont les enjeux de ces différentes approches pour l’appréhension des pratiques touristiques ? Quelles pistes de recherche permettent-elles de mettre en avant ? Quelles en sont les limites ?

Deux approches dominent jusqu’à présent la littérature :

- L’analogie entre performance et interactions sociales spatialisées : les performances sont des rôles que les individus exécutent en fonction de rituels sociaux préétablis ou en fonction de l’image qu’ils souhaitent donner d’eux-mêmes. Les lieux sont présents en tant que contextes, cadres (Goffman, 1973). On peut alors s’interroger sur la manière dont les lieux touristiques sont prescripteurs de pratiques, par l’intermédiaire de leur mise en scène par les acteurs locaux du tourisme (Mac Cannell, 1999 ; Baerenholdt, Haldrup, Larsen & Urry, 2004).

- La performance comme origine et expression de la performativité : c’est la répétition de performances semblables qui est à l’origine du processus performatif, c’est-à-dire de la production de normes sociales régissant les pratiques individuelles (Butler, 1997). Cette approche offre une grille de lecture à la manière dont les touristes pratiquent les lieux touristiques (conformité envers les pratiques existantes, mise à distance ou déviance vis-à-vis de la norme) (Edensor, 2000).

La critique majeure qui peut être formulée à l’encontre de ces deux approches est l’absence de prise en compte de l’intentionnalité individuelle et par conséquent l’absence d’intérêt porté à la réflexivité et à la créativité au sein des pratiques touristiques.

Enfin, une troisième approche, liée aux non-representational theories, considère la performance comme une improvisation permanente en situation (Thrift, 2000). Cette acception met l’accent sur la dimension corporelle de ces improvisations et cherche de nouvelles méthodes permettant de l’appréhender. Dans cette direction, c’est l’expressivité des pratiques touristiques des lieux qui peut être mise en évidence (Veijola & Jokinen, 1994 ; Crouch, 2001).


E. Jaurand & S. Leroy : Sexualités et tourisme
Alors que le tourisme sexuel a été abordé dans le cadre de recherches anthropologiques ou sociologiques, peu d’études géographiques ont jusque récemment questionné les relations entre le tourisme et la sexualité. Cette ignorance participe plus globalement d’un désintérêt de la géographie pour les questions touchant à la sexualité et au corps, celui-ci étant associé à des termes négatifs, à l’exception relative du monde anglo-saxon. Pourtant, les thèmes des sexualités et du tourisme, loin d’être épuisés par l’épiphénomène que représente le tourisme sexuel, peuvent se trouver enrichis par un questionnement croisé. La prise en compte de l’orientation et du comportements sexuels des touristes peut permettre de préciser leurs motivations et attentes par rapport aux lieux touristiques et contribuer à expliquer leurs pratiques de ces lieux, qu’elles soient spécifiques ou non. De même, l’étude d’espaces touristiques fréquentés par des individus définis par leur sexualité enrichit les questionnements autour des sexualités contemporaines. C’est la question de la fonction sociale des lieux touristiques, à savoir la recréation des individus par une rupture, partielle, avec l’univers quotidien, qui se trouve complétée par la dimension sexuelle, si fondamentale en termes d’identité et de reconstitution du corps et de l’esprit.

Ainsi, les études sur les pratiques touristiques des gays et nos recherches en cours sur le littoral comme « paradis gay » montrent le rôle essentiel de l’espace-temps touristique dans la construction de l’identité homosexuelle masculine. Celle-ci passe par la quête du semblable et la recherche de lieux moins soumis à l’« interpellation hétérosexuelle » (Éribon, 1999, p. 88) et dans lesquels les interrelations sociales et sexuelles peuvent être maximisées. Au-delà des gays, des pistes de réflexion sont proposées pour montrer les enjeux sexuels sous-jacents aux pratiques touristiques, et envisager les dynamiques des espaces touristiques au regard du désir et des possibilités de réalisation de la sexualité.


Session « Qualifier les pratiques touristiques »


A. Goreau-Ponceaud : Pratiques touristiques de et en diaspora. Entre utopie, hétérotopie et polytopie.
En s’appuyant sur des enquêtes menées durant mon doctorat de géographie sur la diaspora tamoule, cette communication se propose, d’une part, d'explorer les relations entre tourisme et diaspora, et d’autre part, de déterminer de quelle manière le tourisme diasporique est une condition de réalisation de l’expérience diasporique.

Quels sont les effets des phénomènes de diaspora sur les formes du tourisme contemporain ? Quels lieux visite le « touriste diasporique » ? Quels sont les moments du tourisme diasporique ? Quelles sont les façons de pratiquer touristiquement un espace diasporique ? De quelle manière le tourisme produit et entretient de la « diasporicité » ? Enfin, ne peut-on pas concevoir le tourisme comme opérateur du passage de la diaspora en tant qu’espace, à la diasporicité en tant qu’expérience sociale ? Autrement dit, comment habiter touristiquement l’espace d’une diaspora ?

Cela implique de définir la diaspora en tant qu’espace, mais aussi de préciser que celle-ci n’est pas un lieu autre – possédant un degré d’altérité – pour ses membres, mais plutôt une forme d’hétérotopie. En effet, les Tamouls étant dispersés un peu partout dans le monde, il devient impossible pour ces derniers d’identifier leur territoire, car celui-ci s’étend peu à peu au globe dans son intégralité. La mobilité ne peut plus être qu’une mobilité du dedans, à l’intérieur d’un corps social devenu territoire. De sorte que la diaspora est lieu et non lieu à la fois. Toutefois, ce lieu n’est pas localisable par des coordonnées, il réside à la fois partout et nul part. Il est dans un ailleurs représentant la projection de l’expérience diasporique d’une communauté, projection de son propre temps et de son histoire individuelle et, par delà, projection de l’individu en tant que membre de ce groupe.

Le tourisme diasporique, en tant que pratique de découverte de leur propre identité, est une condition nécessaire, pour ces transmigrants, à la réalisation de l’expérience diasporique et à la prise de conscience de cet ailleurs, souvent convoqué ici, mais qui doit rester ailleurs pour garantir d’être ici. En d’autre terme, le tourisme diasporique performe le réseau pluri-local ou hétéro-local de la diaspora tamoule et oscille entre utopie, hétérotopie et « poly-topie ».

Le tourisme est donc diasporique parce qu’il participe de la diaspora, mais aussi parce qu’il contribue à organiser l’espace diasporique d’une nouvelle manière déterminant un savoir être d’ici et d’ailleurs.


A. Beyer : Le transport fait-il partie du voyage ? Pour une compréhension du déplacement touristique à partir de l’antagonisme contrainte/agrément
Les géographes des transports accordent le plus souvent une place congrue au fait touristique, alors même que les flux engendrés par cette activité sont omniprésents voire structurels pour certains modes, certaines régions ou certaines périodes de l’années. Cette attitude reflète en cela l’organisation même d’un secteur où prévalent les approches socio-économiques reléguant les pratiques et les motivations individuelles au second plan. La réciproque est beaucoup moins vraie. Pour les géographes du tourisme, le transport est depuis toujours perçu et analysé comme un élément essentiel de la structuration de l’espace touristique. Plusieurs types d’approches ont été développés. Une première analyse de type technico-économique s’appuie sur la connaissance fine des acteurs commerciaux du secteur qui, par la palette de leur offre contribuent à définir les destinations touristiques. La seconde approche, souvent inscrite dans une perspective historique envisage le transport comme moteur d’ouverture aux loisirs de territoires toujours plus lointains et plus variés. Les révolutions techniques successives ont alors rendu possible l’invention des lieux, des paysages et des pratiques touristiques. Modes de transport et modes touristiques sont intimement liées et le rôle actif des gestionnaires de transport dans la mise en tourisme du monde est souvent rappelé (Gay, 2006, Bertho Lavenir 1999). Un troisième courant (Viard 2000, MIT 2005, Stock 2006) envisage le tourisme comme un élément intégré dans les sociétés contemporaines et participant à la structuration des espaces et des pratiques qui sont de fait décloisonnées et interdépendantes. La mobilité touristique s’insère dans un mouvement d’appropriation de l’espace globalisé et apparaît souvent comme un moment d’apprentissage, particulièrement pour les transports, dont la pratique vécue sur un mode ludique prépare l’acquisition de nouvelles compétences. Ces différentes analyses laissent toutefois penser que bien que moteur, le transport reste considéré comme un facteur matériel permissif mais largement extérieur à ce qui fait le cœur de l’expérience touristique.

Le rapprochement entre les deux champs de recherche est riche de potentiels inexploités et nécessite assurément d’être approfondi. Il passe alors par un travail d’articulation explicite entre les réalités et les pratiques du transport et du tourisme. A partir du cas roumain, une intéressante perspective de décloisonnement a été proposée lors d’un récent colloque (Axente-Budileanu 2006) qui mérite d’être reprise et systématisée. Partant d’une opposition structurante, le schéma proposé peut alors servir de grille d’analyse plus large, s’appliquant aussi bien à la relation de la mobilité touristique avec le monde du transport en général qu’au sein même du déplacement touristique comme expérience individuelle ou encore aux stratégies des opérateurs dans l’aménagement des territoires et des lieux de transport. Cette proposition de lecture propose fondamentalement deux pôles antagonistes et complémentaires :

• une mobilité d’agrément, de découverte, le voyage, enrichie par une expérience intérieure, qualitative et fruit d’un choix personnel guidé par le plaisir des lieux et saturé de sens et enrichissante ;

• une mobilité utilitaire, subie et contrainte, le transport, perçue comme un mal nécessaire, marqué par la nécessité et souvent la banalité rationnelle des espaces traversés, les « non-lieux » de l’anthropologue Marc Augé. Cette mobilité est appréhendée de manière d’abord quantitative, mesurée par un coût, une distance-temps. L’expérience en est le plus souvent vécue sous le signe de l’extériorité, de la perte et de l’appauvrissement en temps et en argent).

Partant du constant de cette disjonction, on peut alors s’interroger sur les relations qu’entretiennent ces deux versants du déplacement, aux possibilités de transition et aux articulations d’un univers à l’autre. Le contraste, la coupure désignée n’est peut être pas si négatif en renforçant les caractéristiques de chacun des deux pôles, il souligne la singularité de chaque pôle. Une analyse plus fine permet aussi de voir que, dans certains cas, cette opposition frontale s’atténue et se fond en un continuum, la coexistence ou une mixité des usages que des acteurs vont alors chercher à promouvoir. D’autres opérateurs touristiques ou de transport vont en revanche tenter de ré-introduire les valeurs positives du voyage au cœur même du système de transport contemporains pour le rendre plus attractif, en ré-enchantant les grandes gares, les hubs aéroportuaires ou les aires autoroutières avec des résultats contrastés et plus exceptionnellement de faire des lieux de transit des destinations touristiques à part entière.


Session « Théories de l'identité/altérité et le tourisme »


Table ronde "Exotisme"

Présentation
La session a pour but d’explorer une catégorie cardinale de l’imaginaire géographique, tant décriée qu’elle a en fait été très peu étudiée : l’exotisme. Dans la mesure où elle est consubstantielle à la désirabilité de l’Ailleurs et à sa marchandisation, elle est articulée au tourisme, mais les modalités de cette articulation n’ont guère été analysées.

Les présentations de la session sont issues d’un groupe de recherche sur l’exotisme de l’Université de Genève, et ne relèvent pas de spécialistes du tourisme. Même s’il sera question d’imaginaires et de pratiques touristiques, la session ne proposera pas une réflexion touristique sur l’exotisme ni même une réflexion sur le tourisme à la lumière de l’exotisme. Il ne s’agira que de présenter une catégorie dont on invite les spécialistes du tourisme à davantage se saisir, et de chercher à ouvrir le débat autour de celle-ci.

Pour ce faire, la session propose quatre présentations. La première (30 mn), théorique, pose le cadre : elle vise à identifier les caractéristiques fondamentales de l’exotisme, voire à en proposer une définition, dans une optique de géographie culturelle et politique postcoloniale. Les quatre suivantes (15 mn chacune) examinent l’exotisme en creux ou dans ses limites, de façon à déstabiliser la définition proposée, sans doute trop historique, eurocentrée et essentialiste. L’exploration des marges de l’exotisme conduit à mettre l’accent sur ses évolutions récentes de l’exotisme, qui, si elles semblent dans un premier temps paradoxales, permettent sans doute d’en mieux comprendre les ressorts et les enjeux.


J.-F. Staszak : Qu’est-ce que l’exotisme ?
L’exotisme est de l’ordre du discours, non de celui des faits. Il se définit par la superposition de la distance matérielle et symbolique. Celle-ci passe par un double processus de construction de l’altérité géographique et de dé-contextualisation des lieux, objets ou personnes exotiques. Celles-ci sont transformées en marchandises offertes dans le cadre d’un spectacle, qui offre l’image rassurante d’une altérité domestiquée et stéréotypée. La capacité à construire et consommer l’altérité géographique s’appuie sur des rapports asymétriques de pouvoirs et prend place dans le cadre d’un impérialisme. La colonisation européenne étant sans précédent dans sa temporalité et ses échelles, on peut faire l’hypothèse qu’elle va avec (entretient et/ou exploite) une exotisation par l’Europe du « Reste du Monde » ou tout du moins de la partie de celui-ci qu’elle a colonisée.

Les exotica sont l’objet d’une industrie et d’un commerce florissant depuis le XVIIIe siècle, qui passent par le déplacement de ceux-ci ; le développement du commerce ethnique (voire du commerce éthique) en constitue-t-il un récent avatar ? Le tourisme assure le mouvement inverse, menant le client vers la marchandise ; le développement d’un tourisme international de masse postérieur aux décolonisations et contemporain d’une mondialisation accusée d’homogénéiser la planète correspond-il à des mutations dans l’exotisation de celle-ci ?


L. Gauthier : L’auto-exotisation helvétique, du Village Suisse de 1896 à la campagne publicitaire des CFF en 2008
Cette communication vise à présenter l’exotisme comme un concept opératoire pour l’étude du tourisme. Résultat d’un processus d’exotisation, l’exotisme correspond à la décontextualisation d’un objet et à sa réinsertion dans un autre contexte. En ce sens, l’exotisme dépend d’un regard extérieur. Toutefois, l’exotisme peut parfois être récupéré, voire créé, par les « exotisés » eux-mêmes. On parle alors de processus d’auto-exotisation.

Particulièrement intéressant à étudier parce qu’il permet de mettre à jour les stratégies (touristiques par exemple) des populations « exotiques », ce processus donne également la possibilité d’identifier certains dangers liés à l’exotisme et au tourisme, comme la muséification ou la folklorisation.

Pour l’analyse du processus d’auto-exotisation, l’exemple helvétique représente un intéressant cas d’étude. La Suisse est en effet l’un des rares pays à avoir développé un auto-exotisme à destination de ses propres habitants, un exotisme produit de l’intérieur pour l’intérieur. A travers l’analyse du Village Suisse de 1896 (à l’Exposition Nationale de Genève) et de la campagne publicitaire des CFF (« Explorez la Suisse »), on cherchera à comprendre le fonctionnement du processus d’auto-exotisation, ses spécificités helvétiques et ses liens avec les problématiques touristiques.


V. Kohler, L'exotisme du Grand Nord : mutations de l'imaginaire et développement du tourisme de l'arctique canadien
L'exotisme se traduit par des formes, des pratiques et des discours géographiques qui marchandisent le lieu, la personne ou l’objet exotique. Ces configurations et leurs évolutions se manifestent notamment dans le tourisme.

Le Grand Nord canadien forme dans l’imaginaire occidental un cas spécifique qui permet d’étudier l’exotisme dans ses marges, ses limites et ses évolutions récentes. Longtemps répulsif, le Grand Nord est devenu une destination touristique. Ces nouvelles tendances concernent l’écotourisme, l’ethnotourisme et le tourisme de l’extrême, et exploitent un exotisme du Grand Nord en même temps qu’elles l’alimentent. Cet imaginaire est reproduit dans d’autres lieux, loin de l’Arctique, notamment dans les Alpes.

Cette communication vise à examiner le ou les processus de l'exotisation du Grand Nord. Quels en sont les les lieux, les acteurs, les dispositifs et la chronologie ? Comment ce nouvel exotisme s'inscrit-il dans l'imaginaire géographique occidental, et atteste-t- il d'une mutation importante de celui-ci ? Quelle en sont les conséquences et les enjeux ?


P. Naef : L’exotisme des champs de bataille : risque, mémoire et tourisme de guerre
La guerre n’est à priori pas un objet de désirabilité et les champs de bataille ne semblent pas constituer des destinations que l’on pourrait qualifier « d’exotiques ». Pourtant la guerre est copieusement exploitée dans l’industrie du loisir, que se soit dans l’univers du cinéma, des jeux vidéo ou encore à travers certaines activités comme le « paint-ball » ou le « soft air ». De plus, les champs de bataille, des hauts lieux de la guerre de Sécession aux plages de Normandie, se profilent maintenant comme des destinations touristiques courues. D’ailleurs, certains touristes n’attendent même plus la fin de la guerre pour se rendre dans des destinations qualifiées de « zones à risques ». Dès 1979, l’hôtel Summerland à Beyrouth proposait des séjours sécurisés dans un univers de luxe et de conflit… Cette année, le tour opérateur britannique « Hinterland », connu pour organiser des visites de l’Afghanistan ou encore du Kurdistan, vient de reprendre l’organisation de séjours en Irak.

Cette présentation mettra en premier lieu ces formes de tourisme alternatif en perspective avec la notion d’exotisme pour évaluer, comme l’avance Jean-Didier Urbain, si dans un ailleurs de plus en plus banalisé, « les gens ne cherchent plus l’exotisme dans la diversité des paysages ou des cultures, mais dans la prise de risque, dans le frisson ». Après avoir tenté de mettre en lumière ce qui constitue l’attractivité de tels lieux, nous porterons notre regard sur la mobilisation du patrimoine ambigu que représente la mémoire de guerre dans l’industrie touristique.

Pour illustrer notre problématique, nous prendrons des exemples, issus de nos recherches sur le terrain dans la région des Balkans (Bosnie, Croatie et Monténégro), ainsi que d’autres exemples issus de la littérature scientifique, de la presse et de nos expériences personnelles en tant que touristes dans des zones en conflit ou en post-conflit.


J. Estebanez : L’exotisme des animaux : zoos et réserves naturelles
Tourisme et zoo partagent une problématique centrale, concernant leur fonction sociale et qu’on pourrait définir comme la recherche d’une forme d’altérité contrôlée, permettant de s’extraire du quotidien. Aller au zoo, c’est bien en effet se confronter à l’altérité radicale de l’animal vivant, essentiellement sauvage et exotique, désir que la télévision ne peut satisfaire. Dans cette perspective, la visite au zoo sera comparée avec le safari animalier dans la réserve naturelle d’un pays lointain.

Cette communication s’arrêtera sur leur exotisme. Première hypothèse : c’est avant tout la mise en scène des animaux qui les rend exotiques : loin d’être consubstantiel à certaines espèces, l’exotique est construit par un certain nombre de signes qui en déterminent la lecture, même s’il s’appuie sur une histoire de la longue durée.

Seconde hypothèse, cette histoire de la longue durée explique que, quelle que soit leur localisation dans le monde, les zoos aient un cœur de collection d’une remarquable stabilité, dans laquelle les animaux réputés exotiques ont une place de choix. Nous montrerons alors comment le choix de ces animaux et la façon dont ils sont classés reflète une certaine vision du monde, portant le legs de la colonisation.

Cette communication s’appuiera sur un corpus constitué au travers de plusieurs stages longs en France (Ménagerie du Jardin des Plantes, zoo de Pont-Scorff, Zoodyssée), un séjour de huit mois en Californie (zoos de San Diego, Los Angeles, Santa Barbara, San Francisco) et de nombreuses visites en Europe et en Amérique latine.


Session « Constructions de lieux touristiques »


J. Piriou : LES BALISAGES SPATIAUX D’UNE REGION TOURISTIQUE. Analyse d’un mécanisme de lieux par les acteurs du tourisme. Quelques exemples autour du lac Léman
De la définition des lieux élémentaires du tourisme (Equipe MIT : 2002, Dewailly et Flament : 1993) à l’analyse systémique des espaces (Cazes : 1992, Clary : 1993, Lazzarotti : 1995), l’échelle locale permet de prendre en compte la genèse du tourisme, certes, mais peut sembler incomplète pour expliquer les réalités actuelles des mobilités engagées dans les pratiques touristiques. D’autres auteurs ont essayé de définir des régions touristiques (Miossec : 1974, Lozato-Giotart : 1994, Knafou : 1993). Cependant si l’on considère le tourisme comme « un système d’espaces, d’acteurs et de pratiques qui participent à la « recréation » des individus par le déplacement et l’habiter temporaire hors des lieux du quotidien » (Knafou et Stock : 2003) ces modèles n’expliquent ni les mobilités, ni les intentions dans la combinaison des lieux. Nous savons que que les touristes construisent un projet en fonction d’une intention dépendante, de sa disponibilité physique et psychique, et il est amené à élaborer une stratégie pour mener à bien ce projet, notamment le choix des moyens en fonction des coûts et des ses capacités (Violier : 2007 : 161). Le touriste est pourvu de potentiel de réflexivité, de capacité d’agir (Lussault : 2003), cependant si le touriste agit, il n’agit pas seul. Nous pouvons donc nous interroger sur les procédés de construction et les modes de fonctionnements d’une dimension régionale du tourisme.

Dans un premier temps, nous nous attacherons à approfondir le concept de « région ». Selon nous, la région traduirait chez l’individu la représentation et l’identification d’un espace comme étant son champ d’action spatio-temporel (quotidien ou temporaire) selon un mobile (projet de recréatif, gouvernance politique, etc…). Elle serait localisée selon un balisage. Celui-ci distingue le lieu-phare (généré soit par un lieu ou un district) diffusant une valeur proximale aux lieux-balises (satellisés soit en micro-réseau ou macro-réseau). Cette valeur proximale est fondée par un dénominateur central, le code, définissant ainsi la région. Puis, nous présenterons les stratégies qu’entreprendraient les acteurs du tourisme. Pour illustration, nous nous appuierons de nos enquêtes menées de part et d’autre du lac Léman. Nous avons constaté des stratégies territoriales réticulaires à visée localisante et identificatoire illustrant des champs d’action spatio-temporels. Enfin nous constaterons que ces processus véhiculeraient des codes idéels et fonctionnels dans un souci de justification de mobiles.


E. Hatt : Quelle place pour le touriste dans les projets de requalification des stations de montagne
Stagnation de la fréquentation, concurrence accrue des destinations, évolution de la demande (AFIT, 2000) ou encore changement climatique (ETCHEVERS et MARTIN, 2002 ; AGRAWALA, 2001), sont autant de facteurs participant à la reconfiguration de l’activité touristique en montagne. Ce contexte d’incertitude quant à leur devenir conduit les stations à repenser la conception de leurs projets urbains (INGALLINA, 2001), et notamment de leurs espaces publics. Dans le sillon des grandes agglomérations (ODIT, 2008), telles Barcelone (AJUNTAMENT DE BARCELONA, 1993) ou Lyon (BETIN, 2001), les stations touristiques de montagne, mais également du littoral, cheminent à leur tour vers une quête de qualité et d’urbanité indispensables à ces lieux de sociabilité (VLES, 2005). Support de l’activité touristique, l’espace public est en effet un miroir qui reflète l’image qu’une station a d’elle-même, il est la vitrine qu’elle entend présenter à l’extérieur (DUGENY, 2002 ; CLUZET, 2002). Les acteurs politiques et administratifs paraissent progressivement prendre conscience de cette réalité, comme en témoigne la création du dispositif des Opérations de Réhabilitation de l’Immobilier de Loisir (MINISTERE DE L’EQUIPEMENT, 2002). Au-delà des actions de marketing et de communication, il est devenu indispensable de s’attaquer au fond du problème : l’espace urbain en voie d’obsolescence.

Les paroles habitantes, les paroles des « récitants » (AMPHOUX, in ZEPF, 2004) sont aujourd'hui mieux prises en compte dans les pratiques d’aménagement urbain. Mais qu’en est-il de la parole touristique ? Le système de gouvernance urbaine en station doit-il s’ouvrir à cet acteur complexe et composite qu’est le touriste ? Quelle serait alors sa légitimité à intervenir dans la conception des projets urbains d’une station qu’il ne fréquente que temporairement ?

S’il semble difficile d’intégrer aux projets cet habitant éphémère qu’est le touriste, la question de la connaissance et de la meilleure prise en compte de ses attentes en matière d’aménagement urbain reste entière et mérite d’être abordée dans tout projet de requalification. Les apports des multiples travaux portant sur les espaces publics urbains, et notamment sur leur potentiel attractif (VLES, 2008 ; Park, 2008 ; FRICAU, 2008), peuvent aujourd'hui alimenter les réflexions sur les stations touristiques en voie d’obsolescence. Les méthodes qualitatives d’analyse urbaine, notamment les entretiens semi-directifs mais surtout les « tests photographiques » (SECHET, LAFORGUE et DEVALIERE, 1998) et les « descriptions en marche » (GROSJEAN et THIBAUD, 2001), s’imposent aujourd'hui dans l’étude et la conception des projets urbains. Centrées sur la parole des récitants, elles semblent désormais devoir s’ouvrir à l’autre usager clef des stations touristiques : le touriste.
 
 
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